Père Johannes
rentré à la Communauté des Béatitudes en 1992, ordonné prêtre en 2001, études à l´Institut Pontifical Ratisbonne (licence canonique en théologie avec spécialisation en études juives).
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« Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » (Mt 15, 26).
La pauvre femme cananéenne a dû avoir du mal à digérer cette réponse de Jésus ! "Chien" était considéré comme une injure particulièrement provocatrice. Supposons que Jésus l’ait utilisée exprès parce qu’elle s’appliquait (entre autres) aux idolâtres, comme le montre un dialogue entre Rabbi Aqiba (mort en 135) et le gouverneur romain de Judée, Tinejus Rufus. Ce dernier demanda au rabbin pourquoi, selon lui, Dieu détestait les Romains. Le lendemain Rabbi Aqiba répondit : « Cette nuit, dans mon rêve, j’avais deux chiens : l’un s’appelait Rufus, l’autre Rufina ». Le gouverneur s’indigna : « Tu as donné mon nom et celui de mon épouse à tes chiens ; tu mérites la mort ! » Rabbi Aqiba rétorqua : « Quelle différence entre toi et eux ? Tu manges et bois, ils mangent et boivent ; tu es soucieux de ta procréation, eux de même ; tu meurs et ils meurent. Parce que j’ai donné ton nom et celui de ton épouse à mes chiens, tu te mets en colère! L’Éternel, qui pose la terre sur ses bases et déploie les cieux, ne devrait-il pas se mettre en colère lorsque tu prends un morceau de bois et l’appelles "mon dieu" ? »
« Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! » (Mt 15, 27). Un grand docteur a montré l’humilité de la femme cananéenne : Lors d’une famine, Rabbi Yehoudah le Prince (mort en 217) ouvrit ses greniers en disant : « Qu’entrent les connaisseurs de l’Écriture, de la Mishnah, du Talmud, de la Halakhah et de la Haggadah, pour que je leur donne à manger ! ». Son disciple le plus brillant, Rabbi Jonathan ben Amram, qui ne voulait jamais tirer un profit de sa connaissance de la Torah, s’avança déguisé en disant : « Rabbi, nourris-moi ! »
- « As-tu étudié l’Écriture, mon fils ? »
- « Non »
- « As-tu étudié la Mishnah, le Talmud ? »
- « Non » fut chaque fois sa réponse.
« Comment veux-tu donc que je te nourrisse ? »
- « Nourris-moi comme un chien ou un corbeau : des déchets ». Alors le prince lui donna à manger, mais plus tard il eut des remords d’avoir gaspillé ses biens pour une brute. En apprenant que cette "brute" avait été son disciple, Jonathan jouant la comédie, il s’exclama : « Alors, que tout le monde entre ! »



