Michel Remaud
Michel Remaud est prêtre de la congrégation des Fils de Marie Immaculée. Il vit depuis 1979 en Israël. Il dirige l’Institut Albert Decourtray et est l’auteur de plusieurs livres dont :
À cause des Pères, Louvain, Peeters, 1997.
Évangile et Tradition rabbinique, Bruxelles, Lessius, 2003.
L'Église au pied du Mur. Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Paris, Bayard 2007.
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« Ils savaient que c’était le Seigneur. » (Jn 21,12)
Après le passage de la Mer Rouge, nous dit le livre de l’Exode, Moïse et les fils d’Israël chantèrent au Seigneur le cantique bien connu : « Chantons le Seigneur, car il a fait éclater sa gloire… » (Ex 15,1-18). Selon l’un des plus anciens commentaires juifs sur ce texte qui nous soient parvenus, tous les enfants d’Israël, même les nouveaux-nés au cou de leur mère et les embryons dans le sein maternel, ouvrirent alors la bouche pour chanter le Seigneur, comme il est écrit : « De la bouche des enfants, des nourrissons… » (Ps 8,2).
Au deuxième verset de ce cantique se trouvent les mots : « C’est mon Dieu et je le loue. » (Ex 15,2). Les Israélites, dit le commentaire, ont prononcé ces paroles en voyant Dieu qui leur était apparu au bord de la mer, et même les servantes ont alors vu ce qu’Isaïe, Ézéchiel et aucun des prophètes n’ont jamais vu. Le midrash poursuit par une parabole. Lorsqu’un roi fait son entrée dans une province, il est entouré de gardes, d’officiers et de dignitaires, et la foule qui regarde passer le cortège demande : « Lequel est le roi ? » Mais lorsque le Saint – béni soit-il ! – se révéla au bord de la mer, personne n’eut besoin de demander : « Lequel est le roi ? » Dès qu’ils le virent, ils le reconnurent et dirent: « C’est mon Dieu et je le loue. »
L’évangile de Jean nous rapporte une parole assez semblable à propos de l’apparition de Jésus au bord du lac après la seconde pêche miraculeuse : « Aucun des disciples n’osait lui poser la question : “Qui es-tu ?” ; ils savaient bien que c’était le Seigneur. » (Jn 21,12). Si ce rapprochement est permis – et il l’est probablement, compte tenu des nombreuses affinités entre Jean et l’Exode – il permet d’élargir le sens du verset d’une manière inattendue : Jésus ressuscité est debout au bord de la mer, le matin (Jn 21,5) comme le Dieu d’Israël au bord de la mer Rouge « à la veille du matin » (Ex 14,24). Ce n’est pas pour son propre compte seulement qu’il a franchi la mer, mais il la fait franchir à tout son peuple.




