Michel Remaud
Michel Remaud est prêtre de la congrégation des Fils de Marie Immaculée. Il vit depuis 1979 en Israël. Il dirige l’Institut Albert Decourtray et est l’auteur de plusieurs livres dont :
À cause des Pères, Louvain, Peeters, 1997.
Évangile et Tradition rabbinique, Bruxelles, Lessius, 2003.
L'Église au pied du Mur. Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Paris, Bayard 2007.
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« Chacun les entendait parler dans sa propre langue. » Actes 2, 6
Selon une tradition dont les premières attestations remontent avant l’ère chrétienne, la Tora était destinée depuis toujours à toute l’humanité. Si Dieu l’a donnée finalement à Israël, c’est parce que tous les autre peuples l’avaient refusée. Ce refus est raconté en termes pittoresques. Chacune des nations s’enquiert d’abord du contenu de la Tora, puis refuse lorsqu’un des commandements lui paraît inacceptable. Lorsque Dieu, par exemple, décline le décalogue aux Romains, qui sont désignés en termes voilés par le nom conventionnel d’Edom, ceux-ci achoppent au commandement « Tu ne tueras pas » : Rome ne serait pas Rome sans faire la guerre ! Ainsi de suite pour chacune des nations, qui trouve dans la Tora tel ou tel prétexte pour ne pas l’accepter. En fin de compte, Israël accepte sans s’être enquis au préalable de ce à quoi il s’engage.
Cette proposition de la Tora aux nations est elle-même racontée sous diverses formes. Selon l’une de ces versions, « la voix partait et se divisait en soixante-dix voix, en soixante-dix langues, pour que tous les peuples l’entendent. Chaque peuple entendait la voix dans sa propre langue et ils en mouraient, mais les Israélites l’entendaient sans subir de dommage. » La formule « chaque peuple entendait la voix dans sa propre langue » est pratiquement identique à celle que l’on trouve dans le récit de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres (Ac 2,6), et cette similitude ne peut pas être le fruit du hasard. Les gens qui se trouvent à Jérusalem ce jour-là ne sont pas seulement des juifs, mais aussi des « craignant Dieu » de toutes les nations. Comme jadis au Sinaï, chacun entend la parole de salut dans sa propre langue, mais, au lieu de la refuser, les auditeurs demandent : « Que ferons-nous ? » (Ac 2,37).
« Chaque peuple entendait la voix dans sa propre langue et ils en mouraient, mais les Israélites l’entendaient sans subir de dommage. » Ce caractère ambivalent de la Parole se retrouve dans le Nouveau Testament : « Nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ, pour ceux qui se sauvent et pour ceux qui se perdent ; pour les uns, une odeur de mort qui conduit à la mort, pour les autres, odeur de vie qui conduit à la vie. » (2Co 2,15-16) ; et Paul dit aussi que l’Évangile demeure voilé pour ceux qui se perdent (2 Co 4,3). La même Parole est source de vie ou de mort, selon les dispositions de ceux qui la reçoivent.




