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« Je suis l'Alpha et l'Oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant. » (Ap 1, 8)


La plupart d´entre nous n´aura pas de mal à reconnaître que ces deux lettres de l´alphabet grec, par lesquelles le Christ se présente, symbolisent le premier et le dernier, le commencement et la fin, bref : l´Éternel. Mais n´y a-t-il pas davantage ?

En hébreu, l´expression correspondante serait "Aleph et Tav", comme dans l´affirmation : « Un juste est celui qui garde la Torah d´Aleph à Tav » (Attribué à R. Joseph, mort en 333, dans Talmud Bavli, traité Shabbat, 55a). La lettre Aleph signifie, bien sûr, le premier, mais aussi le meilleur. On trouve des phrases comme : « Le vin Aleph vient de Quéroutim » (Mishnah Menachoth, 8,6). Selon R. Leazar ben Abinah, l´Aleph vint auprès du Très-Haut pour se plaindre que la Création ait commencé, non pas par lui, mais (avec le mot Bereshit, "Au commencement") par un Beth. Le Seigneur aurait répondu : « Le monde et sa plénitude ne sont créés qu´à cause de la Torah. Demain, lorsque je révélerai ma Torah au Sinaï, je commencerai avec toi : "Je (Anochi) suis le Seigneur, ton Dieu" (Ex 20,2) » (Midrash Genèse Rabbah, 1,10).

Le Tav, la dernière lettre de l´alphabet hébreu, était écrit, dans l´ancienne cursive, sous la forme d´une croix, si bien qu´on peut ainsi traduire la fameuse ordonnance donnée à l´ange dans la vision d´Ézéchiel (Ez 9,4, La Bible de Jérusalem) : « Parcours la ville, parcours Jérusalem et marque d'une croix (d´une signe, d´un Tav) au front les hommes qui gémissent et qui pleurent sur toutes les abominations qui se pratiquent au milieu d'elle ». Ce sont les fidèles qui doivent être épargnés. De même dans l´Apocalypse, les anges qui maîtrisent les tempêtes sont demandés : « Ne ravagez ni la terre, ni la mer, ni les arbres avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu » (Ap 7,3). Ce signe d´appartenance est perverti par la Bête, l´ennemi de Dieu, qui fait de sorte que « tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front » (Ap 13,16).

« Quel est le sceau de Dieu ? » R. Bebai (vers 320) dit au nom de R. Ruben : « Vérité » (en hébreu emeth, écrit avec les trois lettres Aleph, Mem et Tav). Resh Laqish (vers 250) dit : « L´Aleph est au début de l´alphabet, le Mem au milieu et le Tav à la fin. C´est pourquoi il est écrit (Is 44,6) : "Ainsi parle le Seigneur, roi d'Israël, le Seigneur Sabaoth, son rédempteur : Je suis le premier et je suis le dernier, à part moi, il n'y a pas de dieu" » (Genèse Rabbah, 81,2).