/ MIEUX LE CONNAÎTRE / Judaïsme / La liberté d’Isaac

La liberté d’Isaac
D’un même pas…

(Auteur: Michel Remaud - Parution F&L n° 269 de Février 2008)

Michel Remaud
Michel Remaud est prêtre de la congrégation des Fils de Marie Immaculée. Il vit depuis 1979 en Israël. Il dirige l’Institut Albert Decourtray et est l’auteur de plusieurs livres dont :
À cause des Pères, Louvain, Peeters, 1997.
Évangile et Tradition rabbinique, Bruxelles, Lessius, 2003.
L'Église au pied du Mur. Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Paris, Bayard 2007.

COMMANDEZ VOTRE HORS-SÉRIE

Isaac, figure de Jésus : c’est là un thème classique du Nouveau Testament. Certains rapprochements sont suggérés par le vocabulaire employé : quand Paul dit que « Dieu n’a pas épargné son propre fils » (Rm 8,32) ou quand Jean fait dire à Jésus que « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils, son unique » (Jn 3,16), il s’agit évidemment de citations implicites de Genèse 22,16 : « Tu n’as pas épargné ton fils unique. »
D’autres allusions ne sont perceptibles que par la médiation de la tradition juive. C’est le cas lorsque Jésus dit de sa propre vie : « Personne ne me l’enlève, mais je m’en dessaisis de moi-même » (Jn 10,18). On peut voir dans cette formule une allusion à la totale liberté avec laquelle Isaac, selon les sources juives ancienne, a fait le don de sa vie.

Cette affirmation de la liberté d’Isaac se fonde sur un examen attentif du texte biblique. Sara, l’épouse d’Abraham, avait quatre-vingt-dix ans à la naissance de son fils (Gn 17,17), et elle meurt à l’âge de cent vingt-sept ans après l’épisode de la ligature d’Isaac (Gn 23,1). On en conclut qu’Isaac avait trente-sept ans lorsque son père l’offrit en sacrifice. Ce qui a suggéré aux commentateurs anciens cette remarque de bon sens : comment un vieillard de cent trente-sept ans pourrait-il lier un homme de trente-sept ans sans le consentement de ce dernier ? De là sont nées des traditions très anciennes selon lesquelles Isaac partage sans aucune réserve la volonté de son père de l’offrir en sacrifice. Elles apparaissent par exemple dans les commentaires sur les versets 6 et 9 de Genèse 22, où se lit deux fois la même formule : « Ils allaient tous deux ensemble. »
Entre ces deux versets, Isaac a posé la question : « Où est l’agneau ? », et des procédés d’interprétation (qu’il serait trop long d’expliquer ici) ont vu dans la réponse d’Abraham – « Dieu verra l’agneau » – une indication sur l’identité de la victime. Isaac sait désormais qu’il sera l’agneau, mais il continue d’accompagner son père. Ce que Philon d’Alexandrie commente ainsi : « Ils vont d’une même allure, dans leur esprit non moins que dans leur corps. »

Quand Jean dit que la volonté du Fils s’identifie à celle du Père, il ne fait que transposer sur Jésus et son Père ce que la tradition juive ancienne dit du parfait accord des volontés entre Isaac et Abraham.