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Il est monté…

(Auteur: Michel Remaud - Parution F&L n° 272 de Mai 2008)

Michel Remaud
Michel Remaud est prêtre de la congrégation des Fils de Marie Immaculée. Il vit depuis 1979 en Israël. Il dirige l’Institut Albert Decourtray et est l’auteur de plusieurs livres dont :
À cause des Pères, Louvain, Peeters, 1997.
Évangile et Tradition rabbinique, Bruxelles, Lessius, 2003.
L'Église au pied du Mur. Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Paris, Bayard 2007.

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« À ces mots, sous leurs regards, il s’éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. »Actes 1, 9

Le psaume 68(67) contient un verset (19) qui embarrasse beaucoup les commentateurs, comme le montre la diversité des traductions. La tradition juive aime bien les versets obscurs, qui peuvent se prêter à des interprétations aussi riches que subtiles. Dans ce cas précis, elle a interprété ainsi ce verset : « Tu es monté sur la hauteur, tu t’es emparé des dons en tant qu’homme. » Le passage est appliqué à Moïse qui, après avoir gravi le Sinaï, en est revenu en faisant descendre sur terre la Tora. La « hauteur » est à la fois le mont Sinaï et les hauteurs célestes, dans lesquels Moïse a pénétré. La scène est racontée avec beaucoup de pittoresque. L’irruption d’un homme « sur la hauteur » avait semé la consternation parmi les anges, et plus encore l’idée que le trésor qu’est la Tora, créé des siècles avant le monde, allait descendre sur terre où il serait inévitablement profané par les hommes. Encouragé par Dieu lui-même, Moïse avait dû argumenter pour montrer aux anges qu’ils n’avaient pas besoin de la Tora : ils n’avaient pas été libérés de l’Égypte, ils n’avaient pas de pères ni de mères à honorer, ils n’étaient pas exposés à la tentation de tuer ni de commettre l’adultère… Convaincu par la pertinence de ces réponses, chacun des anges lui avait donné un cadeau ou confié un secret. « En tant qu’homme », Moïse s’était emparé des dons célestes pour les faire descendre sur terre.
Ce n’est sans doute pas un hasard si l’épître aux Éphésiens (4,8-11) applique le même verset à Jésus, qui est « monté », et qui a distribué les dons célestes qui permettent de construire le corps du Christ. Cette utilisation du verset témoigne de l’antiquité de cette tradition, et souligne – pour qui est familier de la tradition juive ancienne – la similitude entre Jésus et Moïse. Elle permet aussi de comprendre le lien étroit qui unit l’Ascension à la Pentecôte : Jésus est monté pour faire descendre les dons célestes. Une différence cependant, que montre une lecture attentive des versets de l’épître aux Éphésiens : à la différence de Moïse, qui est monté, puis redescendu, le Christ a commencé par descendre (v. 9), puis il est monté « plus haut que tous les cieux », et sans redescendre, il a doté l’Église des dons qui la font vivre, pour construire ainsi son corps.