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Fleuves d'eau vive

(Auteur: Père Johannes - Parution F&L n° 264 de Septembre 2007)

Père Johannes
rentré à la Communauté des Béatitudes en 1992, ordonné prêtre en 2001, études  à l´Institut Pontifical Ratisbonne (licence canonique en théologie avec spécialisation en études juives).

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« Si quelqu´un a soif, qu´il vienne à moi et qu´il boive, celui qui croit en moi ! Selon le mot de l´Écriture : de son sein couleront des fleuves d´eau vive. » (Jn 7, 37-38)

Le moment solennel choisi par Jésus pour cette invitation fait d´elle une déclaration ouverte de sa messianité : c´est « le dernier jour de la fête » (des cabanes), pendant laquelle on offrait au temple une libation d´eau et de vin, « le grand jour » où l´on attend, aujourd´hui encore, le Messie, fils de David, comme l´invité d´honneur, acclamé par de grands Hoshia´nah ! (Hosanna, « Sauve donc!»). Selon un midrash sur Qohelet 1,9 (Ce qui fut, cela sera) : ce qui fut à l´époque du premier rédempteur, Moïse, devrait se reproduire au temps du dernier rédempteur, le Messie, qui est donc aussi supposé faire jaillir de l´eau. La source de Siloé, où l´on puisait l´eau pour la libation, était aussi le lieu de l´onction des rois de la dynastie de David et fut alors appelée : « source du salut»(1).
Mais quel est le « mot de l´Écriture » dont parle Jésus ? La citation ne s´y trouve pas telle quel. Aussi a-t-on suggéré plusieurs versets :
- Isaïe 58, 11 : « Tu seras comme un jardin arrosé, comme une source jaillissante, dont les eaux ne tarissent pas. »
- Proverbes 5, 15-16 : « Bois de ta propre citerne, l´eau jaillissante de ton puits. Tes fontaines s´écouleraient au-dehors… » En commentant ce texte (2), R. Aqiba remarque qu´une citerne ne peut rien donner d´elle-même avant d´avoir été remplie. Ainsi, au début, un disciple ne peut rien produire que le peu qu´il aura appris. Mais lorsqu´il devient semblable à un puits (un maître), ses fontaines s´écouleront au-dehors, il aura lui-même des disciples (3).
« Il parlait de l´Esprit » (Jn 7,39) : « l´eau vive », l´eau de source qui coule, est, dans la tradition rabbinique, le plus souvent, l´image de la sagesse et/ou de la Torah, mais parfois aussi de l´Esprit Saint : de Siloé, l´on puisait « l´Esprit de prophétie », et c´est ici que le Seigneur aurait envoyé le prophète Jonas venu en pèlerin pour la fête (4). « L´Esprit de grâce et de supplication » est cependant réservé pour le moment où « ils regarderont Celui qu´ils ont transpercé » (Za 12,10 ; Jn 19,37). « En ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte… » (Za 13,1).

(1) Cf. Ephraïm, Jésus juif pratiquant, Fayard 1987, p. 376.
(2) Ce verset parle en effet de la fidélité conjugale.
(3) Sifré Deutéronome 11,22, § 48.
(4) Talmud de Jérusalem, traité Soucca 5,55a,42.