- Vos réactions
- Envoyer à un(e) ami(e)
- Imprimer cette page
« C’est bien dans la Loi de Moïse qu’il est écrit : Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain. Dieu se mettrait-il en peine des bœufs ? N’est-ce pas évidemment pour nous qu’Il parle ? »
(1 Co 9, 9-10).
À première vue, le raisonnement scripturaire de saint Paul semble tiré par les cheveux. À partir d’un commandement concernant le traitement d´une bête de trait, il veut démontrer que la Torah aurait prévu une rémunération de son apostolat par les communautés qu´il a fondées. Mais sa question est pertinente : Dieu se mettrait-il en peine des bœufs ? Regardons les commentaires rabbiniques de cette loi (Dt 25, 4).
Que ce commandement vise plus à former le cœur de l´agriculteur qu’à remplir le ventre de la bête, ressort de l´explication suivante : « Quand un Israélite travaille avec un bœuf qu´il a emprunté à un païen, il n´a pas le droit de le museler, tandis qu´un païen peut le faire, même avec la vache d´un Israélite ». En plus, cette loi ne s´applique pas seulement aux bœufs mais, comme le repos shabbatique, l´obligation d´aider son ennemi à décharger sa bête tombée, et bien d´autres commandements, à tout autre animal domestique. « Dans tous leurs travaux, dit R. Levi, les Israélites (si du moins ils obéissent au Seigneur) se distinguent des autres peuples, en labourant, en semant, en moissonnant, en liant des gerbes, en foulant le grain… »
Comme il fallait s´y attendre, le commandement qui parle du bœuf fut étendu à l´homme : le moissonneur a le droit de manger des fruits qu´il récolte. « S´il t´est interdit de museler le bœuf que tu n´es pas obligé de maintenir en vie, combien plus t´est-il interdit de museler l´homme, que tu dois maintenir en vie ». Saint Paul ne fait qu´avancer d’un pas de plus quand il demande : « Si nous avons semé pour vous les biens spirituels, serait-il excessif de récolter vos biens matériels ? » (1 Co 9, 11).
L´interprétation la plus surprenante du bœuf se trouve dans la traduction commentée en araméen dite Targoum, qui applique la règle exégétique selon laquelle deux versets voisins peuvent s´expliquer mutuellement, même si, apparemment, ils parlent de sujets complètement différents. Deutéronome 25, 5 parle du lévirat : « Si des frères habitent ensemble et que l’un d’eux meure sans avoir de fils, la femme du défunt n’appartiendra pas à un étranger, en dehors de la famille ; son beau-frère ira vers elle, la prendra pour femme… » Les docteurs de la Loi, sentant qu´une telle disposition devrait permettre des exceptions, firent à côté un autre fondement scripturaire : « Tu ne muselleras pas le bœuf qui foule le grain, et tu ne mettras pas non plus une muselière à une veuve sans enfant en la liant à son beau-frère lépreux ou qui ne convient pas ».



