Michel Remaud
Michel Remaud est prêtre de la congrégation des Fils de Marie Immaculée. Il vit depuis 1979 en Israël. Il dirige l’Institut Albert Decourtray et est l’auteur de plusieurs livres dont :
À cause des Pères, Louvain, Peeters, 1997.
Évangile et Tradition rabbinique, Bruxelles, Lessius, 2003.
L'Église au pied du Mur. Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Paris, Bayard 2007.
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« Dès l’aurore, tout le peuple venait à Jésus dans le Temple pour l’écouter.» Luc 21, 38
La plupart des psaumes commencent par une indication à laquelle les chrétiens accordent généralement peu d’attention et qui n’est pas lue ou chantée dans l’usage liturgique : nom de l’auteur auquel est attribué le psaume (le plus souvent : David), rappel des circonstances dans lesquelles le psaume est censé avoir été composé, notations sur l’exécution chorale du chant… La tradition juive, au contraire, loin de considérer ces introductions comme insignifiantes, en fait souvent l’objet de commentaires pleins d’intérêt.
Le psaume 122, dont le premier verset dit: « Je me suis réjoui quand on m’a dit : Nous irons à la maison du Seigneur », commence par cette indication : « Chant des montées. De David. » Cette introduction comporte une anomalie qui ne peut échapper au lecteur attentif et familier de l’Écriture : comment David a-t-il pu dire: « Nous irons à la maison du Seigneur », alors que le Temple n’existait pas de son vivant ? Il avait eu le projet de le construire, mais Dieu en avait décidé autrement : ce n’est pas David qui construira une maison pour Dieu, c’est Dieu qui construira une maison pour David en affermissant sa dynastie, et c’est son fils, Salomon, qui construira le temple (cf. 2S 7,1-17). Pour résoudre cette difficulté, le midrash imagine une histoire aussi ingénieuse que riche théologiquement. Vers la fin de sa vie, David entend des gens dire à son sujet : « Quand ce vieux (c’est de lui-même qu’il est question) va-t-il mourir, pour que vienne Salomon, son fils, qui fasse construire la maison d’élection ? » Et David, loin de s’indigner du propos et de châtier ceux qui souhaitaient sa disparition, s’est réjoui de ce que sa mort puisse rendre possible la construction du Temple : « De David. Je me suis réjoui… » La mort de l’élu va permettre à Dieu d’édifier sa résidence. Et l’abnégation de David lui vaut cette réponse de Dieu : « "Un jour dans tes parvis en vaut plus que mille." (Ps 84,11) Un jour que tu passes dans l’étude de la Tora vaut mieux à mes yeux que tous les holocaustes que Salomon, ton fils, offrira devant moi sur l’autel. »




