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« Si ton œil droit est pour toi une occasion de péché, arrache-le et jette-le loin de toi : car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta main droite est pour toi une occasion de péché, coupe-la et jette-la loin de toi… » (Mt 5,29)
Quel conseil drastique ! Venant de la bouche du Christ, le disciple du Royaume ne peut pas l´ignorer, mais on préfère y voir une métaphore, dont l´application ne se révélerait pas trop douloureuse et mutilante pour notre corps.
En effet, l´expression courante en araméen : « Coupe ta main de mon vignoble » n´est qu´un avertissement de ne pas manger mes grappes. Et les Anciens étaient conscients qu´arracher l´œil ne suffirait pas pour résoudre le problème, car l´œil, siège de l´envie, « insatiable comme le Shéol » (cf. Pr 27,20), ne fait que suivre le cœur : « Le cœur et les yeux sont les deux médiateurs du péché » (R. Lévi (vers 300) dans le Talmud Palestinien, traité Berakhoth 1,3c,18, commentant Nb 15,39 : « Les désirs de vos cœurs et de vos yeux …vous ont conduits à vous prostituer. »).
Nous ne pouvons cependant pas cacher l´exemple de R. Nachum de Gimzo (vers 90), qui, prié de donner de la nourriture à un affamé, l´avait fait attendre trop longtemps. En le voyant mourir, il tomba la face contre terre en disant : « Que mes yeux, qui n´ont pas eu pitié de tes yeux, soient aveuglés, que mes mains et mes pieds, qui n´ont pas eu pitié de tes mains et de tes pieds, soient découpés, que tout mon corps soit couvert de lèpre ! » - et il en fut ainsi. Mutilé, il comprit ses souffrances en cette vie comme un signe qu´il aurait part au monde à venir, accueillant tout ce qui lui arrivait avec la bénédiction : « Que cela aussi (hebr. Gam zo) soit pour le bien ! » (Talmud Babylonien, traité Ta´anith, 21a).
Beaucoup plus tard et moins cruel, mais sans manquer d´une certaine radicalité, est l´aveu de R. Shlomo Loew de Lentschno (mort en 1843) : « Quand j´étais enfant, j´ai conjuré tous mes membres de ne rien faire hormis la volonté de Dieu, et tous mes membres étaient d´accord, sauf mes yeux qui résistaient. Alors j´ai décidé de ne pas ouvrir les yeux et de rester allongé. Quand ma mère, demandant pourquoi je ne me levais pas, ne reçut pas de réponse, elle me frappa avec un bâton. À nouveau, je demandai à mes yeux s´ils prêteraient le serment, mais ils refusaient encore. Enfin, ma mère frappa si fort que mes yeux eurent pitié de moi et acceptèrent, et j´ai pu me lever » (D´après les Récits hassidiques de Martin Buber).



