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Je chanterai ses miséricordes : l’incroyable fidélité de Dieu

(Auteur : F. Lacoste - Parution F&L n° 214 de Février 2003)

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Nous avons rencontré pour vous le Père Jean Boitard. Après 53 ans de sacerdoce, il respire la bonté du Père dans la joie de l’Esprit. Avec simplicité et chaleur, il nous raconte la fidélité de Dieu.

Le regard malicieux, le père Jean me reçoit dans son bureau avec un large sourire et me dit : Cet article devrait commencer par cette phrase : « Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur ». Il poursuit : Vous savez, j’aurais pu cent fois être un damné et m’éloigner de Lui. Dieu m’a évité tous les écueils. C’est extraordinaire. J’ai persévéré tout simplement en essayant d’être fidèle par la prière, par l’oraison.

Professeur
Une phrase a été déterminante pour moi : « Est-ce que tu vas à la messe ? » J’ai répondu : « Oui, le dimanche. » Quand on a la foi, m’a dit Marcel Légault, on va à la messe tous les jours. Cela a changé ma vie. J’ai rencontré Marcel Légault, professeur profondément chrétien, aux Journées Universitaires de Poitiers. Il m’a invité à me rendre aux rencontres qu’il organisait l’été. Il recevait des instituteurs et des professeurs de l’enseignement public du secondaire et de l’université. J’ai été très marqué par ces rencontres. Légault et Jean Guitton m’ont invité fortement à rentrer dans l’enseignement public pour porter témoignage et j’y suis entré comme instituteur à Limoges.

Vocation
J’enseignais depuis trois ans quand mon père spirituel m’a dit : « Je pense que vous avez une vocation sacerdotale. Vous êtes libre. » À ce moment-là, je fréquentais. Le sacerdoce, je n’y pensais même plus. (À 11 ans, j’étais entré au petit séminaire, mais à 15, j’en suis ressorti déçu et révolté.)  J’avais besoin de confirmation et j’ai demandé de pouvoir en parler à d’autres prêtres. L’un m’a dit : « Il y a longtemps que j’y pensais. » Un autre : « J’ai beaucoup prié pour vous et je vous demande de rester comme témoin là où vous êtes ». - Mais tout mon travail d’enseignant ne vaut pas une messe, ai-je répondu ! - Rentrez au séminaire tout de suite ! »
Le père s’arrête. Avec un petit sourire aux lèvres, il tire son portefeuille de sa poche. Il en sort un bout de papier jauni par le temps. Cette prière, dit-il, je l’ai faite, il y a 58 ans. Lisez-la. Elle est de l’abbé Perreyve :
« Seigneur, je ne désire en ce monde ni les triomphes de la vanité, ni l’éclat du luxe, ni le bruit de l’or, ni les regards de l’envie, ni les chuchotements des flatteurs, ni le tourbillon troublé des plaisirs… Je sais que ce monde n’est pas le vrai monde, que cette vie n’est pas la vraie vie, que nous sommes ici-bas dans le commencement et que le jour de votre éternité peut seul nous donner la pleine possession des infinis trésors que désire notre cœur. Je vous demande, ô mon Dieu, de fortifier mon âme et de l’armer pour vos combats. Donnez-moi l’esprit de foi qui me fera vous trouver en toutes choses et surtout dans les épreuves où l’âme ébranlée a besoin de votre consolation… Donnez-moi l’humilité du cœur pour me contenter de la part de félicité sur la terre, et ne m’égarer ni en fols désirs, ni en vains regrets. Disposez de ma vie que je vous donne… Au milieu des agitations redoutées des jours qui vont venir, conservez-moi la paix du cœur, et, dans l’obscurité des heures douteuses, la sainte assurance que je suis en vos mains, ô mon Dieu, comme un enfant chéri, tranquille pendant son sommeil, dans les bras de son père ! »

Fidélité
Le père, dont les yeux ne peuvent plus lire, savoure sa prière. Il est dans une paix profonde. Dieu a été fidèle. C’est alors qu’il sort un deuxième papier de son portefeuille. Je suis touchée pas sa confiance, il me partage ses trésors. Il explique : Le 9 juin 1945, cinquante ans jour pour jour après Thérèse, j’ai fait l’acte de consécration à l’Amour Miséricordieux. À chaque passage à Lisieux, j’ai renouvelé mon offrande. Sur le papier, à la suite de l’acte d’offrande recopié à la main, le père a écrit les dates de son renouvellement d’offrande. Ces deux papiers sont les deux trésors de ma vie. Ils ne me quittent jamais. Ils me suivront jusqu’au paradis.
Après 53 ans de sacerdoce, je peux dire que dans ma vie, j’ai été un pécheur mais je n’ai jamais douté de la Miséricorde INFINIE du Seigneur et je n’ai pas douté une seule seconde de ma vocation.

Marie, Thérèse et Marthe
Le père tout rayonnant de paix et d’une joie profonde m’explique les deux piliers de sa vocation : Je dois ma vocation aux enfants de Fatima et à la Petite Thérèse. J’ai lu un livre sur Fatima et l’histoire d’une âme à 27 ans. Au séminaire, tout le monde m’appelait : “Fatima”. J’étais emballé et j’en parlais à tout le monde. Quand le pape Pie XII a prononcé l’acte de consécration au Cœur Immaculé de Marie sur la recommandation de Lucie, j’ai récité tous les jours cet acte d’offrande et particulièrement pour mon frère et un ami, tout deux déportés en Allemagne. Mon ami est arrivé au séminaire le 13 mai à midi et mon frère est arrivé dans son pays, le 13 juin à midi, jours anniversaires des apparitions. C’est quand même extraordinaire comme prière exaucée ! "L’histoire d’une âme" a marqué ma vie. Le 2 juillet 1947, j’ai eu un parloir avec Mère Agnès de Jésus et sœur Geneviève, deux des sœurs de Thérèse. Je suis persuadé que je ne serais pas resté fidèle si je n’avais pas été protégé continuellement par la Petite Thérèse.
Une autre rencontre qui a marqué ma vie est celle de Marthe Robin en février 1960. J’ai failli entrer dans un foyer de charité. Marthe m’a fait dire par le Père Finet : « Vous n’entrerez pas dans un foyer, mais vous en serez proche ». J’ai traversé les crises de l’Église par la fidélité aux enseignements, ni intégriste ni progressiste mais fidèle au Concile et à l’Église. Le départ de deux prêtres que j’accompagnais a été la source d’une grande souffrance pour moi. Je crois vraiment que le Seigneur m’a protégé. L’Église est constituée de pécheurs et elle le restera toujours. Mais l’Église, ce n’est pas cela ! L’Église, c’est "Jésus-Christ continué". Elle est belle de la beauté de Dieu.

La Providence
Tout en riant et se moquant un peu de lui-même, il poursuit : Le Seigneur conduit tout, il n’y a rien à faire ! Après avoir été professeur, aumônier diocésain des vocations puis de l’Action Catholique, je suis devenu un petit curé de campagne. J’avais perdu un œil. Ma mission se terminait. On m’a confié un petit poste de 2000 habitants. C’est là qu’il fallait que j’aille. Un jour, par hasard, j’ai terminé mon homélie par une prière de Marthe Robin. Une sœur des Béatitudes a couru derrière moi, me demandant si je connaissais Marthe Robin. J’ai alors découvert qu’elle était à l’origine de la Communauté des Béatitudes. 23 ans après avoir rencontré Marthe, je comprenais enfin sa parole. Une maison de la Communauté venait de s’installer dans ma paroisse.
Le père n’arrive plus ni à lire ni à écrire. Si le Seigneur veut me guérir, Il peut très bien le faire. Il ne le fait pas, Il a ses raisons. Maintenant que je ne vois plus clair, je vois de plus en plus et je verrai mieux encore au Paradis. Je m’unis à tous les aveugles du monde. « Aimer Jésus et lui sauver des âmes pour qu’Il soit aimé. » La devise de Thérèse, j’ai essayé de la vivre tout au long de ma vie. La spiritualité de Thérèse a illuminé ma vie et m’a donné la joie. J’ai fait ce que j’ai pu, c’est-à-dire pas grand-chose. « C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’amour. »
J’attends que la Sainte Vierge vienne me chercher avec Thérèse, toutes les deux. Si elles ne le font pas, elles se feront gronder ! Je rends grâce au Seigneur pour la vie merveilleuse qu’Il m’a donnée. Je désire que, sur ma tombe, on inscrive cette phrase : « Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur. »