/ LA REVUE / Mars 2007

Edito...

(Auteur: Ephraïm - Parution F&L n° 259 de Mars 2007)

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Dieu… Dieu est pour moi l’un des plus beaux mots de la langue française. Mot qui a illuminé mon enfance. À la fois évident et secret. La foi comme la plus claire de toutes les évidences. Il fait Dieu chaque jour et sans Dieu, nul jour n’est possible. Dieu se nourrit de son étymologie latine qui est dies, le jour. Dieu est lumière. Dieu, lumière de ma vie. Et parce que Dieu est Dieu, la nuit comme le jour illumine.

Je peux douter de tout, mais pas de l’évidence, mais pas de l’existence de Dieu, car Dieu n’est pas un dieu, il est l’évidence de l’existence. Enfant, cette présence qui m’enflammait le cœur me tenait éveillé et je connaissais la prière sans l’avoir apprise, sans aucun geste ni formule. Je respirais paisiblement sa présence. Dieu que je reconnus dans la lumière de certains visages. Dieu dont j’entendis prononcer le nom comme une houle, comme un grondement de tonnerre, comme un ressac de la mer qui brasse les galets et froisse des rideaux de sable, quand les hommes debout dans la synagogue chantaient les psaumes de David. Dieu qui vibrait dans le silence des églises et que je voyais comme un tremblement blanc au-dessus des autels, lors de visites furtives ou dans le tourisme estival, les nefs romanes disaient aussi Dieu, courbé et humble, ombre rafraîchissante pour l’homme pèlerin.

Je ne me fais pas de souci pour Dieu, mais pour l’homme, et je crois que l’homme est le seul souci de Dieu. Humaniste, je ne le serai jamais assez, car les abîmes que je perçois en l’homme appellent d’autres abîmes qui jamais ne tarissent et ont pour nom miséricorde.

Un grand témoin de la dévotion de Dieu pour l’homme s’est éteint, ou plutôt s’est embrasé dans la présence. L’Abbé Pierre est mort peu de temps après ses derniers aveux d’humanité et de passion pour l’Homme-Dieu.

Abbé Pierre, canonisé par l’homme et peut-être pas par l’Église, parce que le diable possède un avocat qui sans cesse accuse l’homme. Et de quoi l’accuse-t-il ? D’humanité trop humaine ! Mais qu’on laisse Dieu être Dieu et qu’on laisse notre pauvre chair connaître sa visitation et sa lente et douloureuse glorification ! Ce terrible XXe siècle nous a donné de grands prophètes. Leur construirons-nous des tombeaux ou allons-nous écouter leur voix ? Celle de l’Abbé Pierre disait : « Tu vois ton frère, tu vois Dieu ».