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Parfois, en lisant les évangiles, je me demande pourquoi Jésus n’a pas été plus clair sur certains sujets. Cela nous aurait sans doute facilité la tâche, mais en même temps, je me dis que la vérité ne s’impose pas, elle se propose. Un psaume ne dit-il pas : « Tu as dit une parole et j’en ai entendu deux » (Ps 62,12) ? Les textes nous invitent à un combat, non pas avec la lettre mais avec l’ange et, tel Jacob, nous recevons la bénédiction au terme d’une lutte.
Un verset m’a toujours intrigué et je l’ai retourné dans tous les sens en cherchant dans le texte original. Il s’agit de Luc 16, 16 où Jésus affirme d’une manière énigmatique : « Jusqu’à Jean, c’étaient la Loi et les Prophètes ; depuis, le Royaume de Dieu est annoncé comme une bonne nouvelle, et chacun use de violence pour y entrer. » Bien des interprétations sont possibles !
Le cœur de l’Évangile dans le sermon sur la Montagne nous invite à une non-violence radicale, si radicale que très peu en vivent, que très peu la prêchent, si radicale qu’elle est un véritable martyre pour celui qui la prend au sérieux, comme le firent Gandhi et Martin Luther King. Insupportable vérité qui est celle de la croix. Croix sur laquelle viennent mourir toutes les violences faites à l’homme. Lanza del Vasto, qui a consacré toute sa vie à l’annonce du véritable combat évangélique, disait que la non-violence est la violence de l’amour. Violence que l’on absorbe, comme Jésus en croix, pour qu’elle ne s’amplifie pas et ne rejaillisse pas sur les autres. Comme il faut se faire violence pour aimer !
Le Royaume des Cieux est un don, il est gratuit, alors pourquoi chercher à s’en emparer ? Et d’une manière violente ? Il est un don contre lequel nous nous sommes blindés ; nous nous sommes protégés contre sa lumière ; nous l’avons si souvent refusé de peur de nous convertir, de peur de perdre notre liberté, de peur de mourir au monde présent et à toutes ses illusions. Tant et si bien que lorsque nous voulons enfin accéder à ce don gratuit, il faut nous faire violence.
J’en suis arrivé à cette évidence qu’un zèle extrême, fruit d’un désir brûlant, est indispensable pour entrer dans cette réalité spirituelle et pour y demeurer. Si la prière a parfois été très douce et très facile dans ma vie, je sais aussi que la plupart du temps, la prière est une violence que je dois me faire, une violence que je fais au Ciel en lui criant : « Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni » (Gn 32,27) !


