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Il est des dévotions que saint François de Sales qualifierait de " dévotionnettes " et qui ne sont pas des "dévotions nettes" parce qu'elles détournent de l'essentiel pour s'attacher à un détail ; elles relèvent beaucoup de la superstition et de la pratique des amulettes. Si nous consacrons un dossier à la dévotion envers l'Enfant Jésus, c'est justement parce qu'il ne s'agit pas de cela, mais bien plutôt d'un développement théologique né au XVIIe siècle - le grand siècle des âmes - qui a posé les fondements de la dévotion moderne.
Le dogme central de notre foi est l'Incarnation du Verbe. On aimerait souvent se contenter de raisonnements abstraits compatibles avec la raison bien rationnelle ! Mais il nous faut tirer toutes les conclusions de l'Incarnation et considérer les conséquences concrètes et réalistes de cette folie de Dieu. L'amour de Dieu est une folie qui culmine dans la Croix et prend naissance dans le sein de l'humble Marie.
Dieu est tendre, doux et humble et ce n'est pas du sentimentalisme que de l'affirmer ! Dieu est relation et parler de lui sans vivre, sans expérimenter cette relation, est pure spéculation. Si le Verbe s'est incarné, c'est pour que nous le prenions dans nos bras ! Même le plus spéculatif de tous nos mystiques et docteurs de l'Église a dansé avec l'Enfant Jésus dans les bras, à l'instar de saint François inventant la crèche.
Certains se sont étonné de voir le sérieux Vatican proclamer Thérèse de l'Enfant-Jésus docteur de l'Église. Pourtant, sa douceur quelque peu fleur bleue n'est qu'une apparence : elle est en fait un génie théologique - je devrais dire théologal - dont la mission a été de révéler à notre désolante modernité la miséricorde et l'innocence de Dieu. Elle a permis aux plus pauvres de nos contemporains de devenir théologiens en ouvrant grande la porte du cœur de notre Dieu, en parlant avec lui comme un tout-petit peut et doit parler à un Père très aimant.
La voie d'enfance est bien présente dans les Évangiles, elle est même posée par Jésus comme une condition sine qua non pour entrer dans le royaume des Cieux, pour devenir un familier de Dieu. Qu'il ne nous soit pas reproché de ne pas y entrer, et d'empêcher les autres d'y entrer, par des raisonnements et des spéculations qui se veulent intelligentes, mais qui passent à côté du mystère et ignorent le réalisme de l'Incarnation.
La dévotion à l'enfance de Dieu pourra paraître humiliante, mais elle est un chemin où celui qui s'abaisse sera élevé. Et puis, des Enfants Jésus, il y en a tant qui nous tendent les bras dans l'humanité humiliée que nous ne risquons pas de dévier dans les dévotionnettes et la sentimentalité. Nous ne pouvons pas reconnaître la sagesse de la Croix si nous ne la discernons pas d'abord dans la faiblesse et la précarité de l'enfant.



