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Consacrer un dossier au Bon Larron, c’est aborder le mystère incompréhensible de la bonté de Dieu, de son impénétrable, inépuisable et infinie miséricorde, celle dont on ne peut abuser, car cela signifierait que l’on a éventé le secret de son amour. Cet amour qui aura toujours le dernier mot !
Les mots s’usent vite en entrant dans l’histoire, comme disait le poète, et le mot larron a connu cette usure qui nous empêche de voir clairement ce que ce mystère a d’insondable. Qu’est-ce qu’un larron ? Un voleur à la tire n’aurait pas été condamné à mort ; un larron, c’est un meurtrier, un violeur, un multirécidiviste, un Pranzini, un Jacques Fesch. Les saints comme Thérèse de Lisieux ou Catherine de Sienne ont une prédilection pour ce genre d’individus, tout simplement parce que leur grand Amour, Jésus, a voulu manifester dans sa Passion sa préférence pour les pires, pour les cas les plus désespérés. Il avait de drôles de fréquentations, le Fils de Dieu ! Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
Je viens de voir « la Môme » qui retrace la vie d’Edith Piaf et j’ai été autant touché par la réaction du public que par le film. Quand la lumière s’est rallumée dans la salle, beaucoup pleuraient et d’autres applaudissaient. Il y avait un état de grâce. Cette petite fille dont la vie avait été totalement immorale s’était cramponnée, comme un nageur qui se noie, à la petite Thérèse et à l’Enfant Jésus. « Piété superstitieuse ! s’exclameront les nouveaux pharisiens, cela n’a rien à voir avec la vraie foi et ses exigences. » Et pourtant, nous sommes en plein dans le contexte évangélique avec cette petite Edith élevée dans un bordel et qui, aveugle, est conduite par les prostituées sur la tombe de Thérèse de Lisieux, elle qui avouait : « Si j’en avais eu l’occasion, j’aurais été la pire. » Et la guérison a lieu : la sainte, qu’elle priera tous les jours à genoux, est intervenue en sa faveur. Chaque fois que Thérèse voudra lui manifester sa faveur, elle lui enverra des effluves de rose.
N’est-il pas vrai que les prostituées nous devanceront, nous qui essayons d’être justes, dans le royaume des cieux ?
La pauvre a tellement aimé « même trop, même mal », comme le chantait Brel qui, lui aussi, aima jusqu’à la déchirure, et l’amour ne couvre-t-il pas une multitude de péchés ? Elle n’avait pas peur de la mort, je crois même qu’elle la recherchait, sachant, comme elle l’avait écrit, que « Dieu réunit ceux qui s’aiment ».
La vie de Piaf nous conduit à réfléchir, au sens étymologique du terme, à faire une flexion sur nous-mêmes pour considérer la condition humaine d’une manière réaliste, elle nous conduit aussi à nous jeter dans les bras de la Miséricorde.


