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Octobre 2007
Editorial paru dans le Feu et Lumière n°265
L’été a été chaud ! Bien que la météo ait été morose pour les vacanciers qui attendent toute l’année leur quota d’ensoleillement, des villages entiers ont brûlé, les ouragans ont soufflé, les voitures piégées ont explosé, nourrissant les actualités de leurs cadavres quotidiens. « C’est terrible », disons-nous, tout en prenant le déjeuner ou en somnolant après le dîner en attendant la fiction de la soirée. Heureusement, nous sommes vaccinés car, de mémoire d’homme, on n’a jamais lu un journal sans morts, sans scandales et sans perversions, entre femmes brûlées et bébés congelés. Devant l’insupportable réalité, nous avons mis en place des mécanismes de défense qui nous protègent et gèrent nos émotions. Que se passerait-il si nous étions vraiment concernés par ce qui se passe dans le monde ? Il vaut la peine de se poser la question, surtout en tant que chrétiens. Je repense souvent à cette affirmation du grand théologien protestant qu’était Karl Barth : « Il faut avoir la Bible dans une main et le journal dans l’autre. »
La Bible, en effet, ne cache pas la réalité d’une humanité en proie au mal ; elle ne cherche pas à masquer la part d’ombre de tout homme. L’histoire du peuple de Dieu n’est pas une suite de communiqués de victoires comme les autres peuples s’en sont inventés à l’instar de l’Irak de Saddam Hussein. C’est tellement vrai que beaucoup de croyants refusent de lire l’Ancien Testament, comme si le Nouveau leur réservait un jardin de roses ! Nous y avons pourtant rendez-vous avec la haine, le mépris, la maladie et la mort. C’est au cœur de cette humanité souffrante et faible que nous avons rendez-vous avec le Dieu rédempteur. La douceur s’y trouve au cœur de la violence et l’espérance fleurit au plus profond du désespoir. Mais n’avons-nous pas construit, face à l’Évangile, les mêmes défenses que celles qui nous protègent des fortes émotions face à l’actualité du monde ? Ce monde que Dieu a tant aimé…
Il n’y a que dans l’accueil de la réalité que les vertus sont héroïques, et le temps des martyrs durera jusqu’à la parousie. Ayons le courage de regarder la réalité en face et de nous interroger sur ce que nous avons à être et à faire dans ce monde. Nous ne sommes pas des extra-terrestres regardant les humains se démener dans des problèmes qui ne nous concernent pas. Le monde nous interpelle, des enfants affamés nous tendent la main, des étrangers nous demandent asile, des associations attendent que nous joignions notre voix à la leur pour la défense des persécutés et des victimes d’injustice. Même si nous ne sommes plus de ce monde, c’est dans ce monde que nous vivons et nous aurons à répondre de ce que nous avons fait dans ce monde.


